Toutes ces pages Internet lui donnaient la nausée. Elle les ferma une à une et, dans un même élan, réduisit au silence le Lecteur Windows Média. Elle avait besoin de se concentrer. Le bureau vide la rassura un peu et elle soupira en passant une main dans ses cheveux qu'il faudrait décidément qu'elle coupe, et vite. L'écran poussiéreux de l'ordinateur lui renvoya son reflet qui semblait la contempler avec pitié. Pour la centième fois de la semaine – on était lundi – elle répéta qu'elle ne ressemblait à rien et ferma les yeux pour mieux penser. Qu'était-elle en train de faire ? Dans sa boîte mail, les confirmations d'inscriptions à différents sites de petites annonces se succédaient. « Donne petite jument camarguaise de neuf ans excellente pour la promenade, etc., etc., ... » Elle qui avait toujours juré qu'elle ne cèderait son titre de propriétaire pour rien au monde ! Elle se rappela du tout début, de ses premières balades à poney, et eut soudain très envie d'enfouir ses mains dans la crinière blanche et de poser sa joue contre l'encolure, de sentir cette chaleur douce lui caresser le visage, l'apaiser... Quand elle rouvrit les yeux son reflet était toujours là et lui fit penser à ces grandes publicités placardées un peu partout en ce début de vacances, où l'on voyait une femme tourmentée par le regret d'avoir abandonné son chien au bord de la route. Non, elle n'abandonnerait personne. Elle s'efforça d'ignorer cette impression d'être totalement dépassée par les événements et murmura d'une voix à peine audible : « Ça va trop vite. Ça va beaucoup trop vite... ». Enfin elle chassa le frisson qui lui parcourait l'échine en tirant la langue à son reflet et, comme il le lui rendit, elle abaissa l'écran de l'ordinateur et quitta la chambre avec satisfaction.